Appel à textes - Tribute to Rustéphan - Thomas Vinau, GM Chenot, Roger Lahu, Denis Heudré
Dans L'Invention de la liberté (éd. Albert Sirka, 1964) Georg Simmel écrit : "le charme de la ruine consiste dans le fait qu'elle présente une oeuvre humainie tout en produisant l'impression d'être une oeuvre de la création, de même qu'auparavant, l'art s'était servi de la nature comme de son matériau" (cité par Mohamed Ridha Bouguerra dans son étude sur les Fonctions des "ruines écrites", Thélème, 2006;
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Thomas Vinau
Le Royaume
Les pierres mordues de mousses
L’aubépine et les ronces
Les lézards
Les nuisibles
Et deux ou trois fantômes
Qui règnent sur nos ruines
GM Chenot
VENT DE SUCRE
Dans les cycles de floraison
Les ruines sont terreau
Prélude à la vivifiance
De leurs futures congénères
Et de ruine en ruine
Vole le mouvement
Elaborant des arabesques de sucre
Bordées de châteaux de sable
Amers qui rappellent aux marins
L'étrange luxuriance du fugace
Roger Lahu
Poétique des ruines
ah je m’emmousse
je me lezarde
je me délite
je m’éboule
je m’enruine peu à peu
je perds et pied et dents et poils
je me décombre
je m’empoussière
je perds mémoire et voix
je me murmure
je perds et foi et toit
je me laisse à l’abandon
je m’abandonne de ça de là pareil à la …
je perds le la le sol
je ne sais plus je ne sais pas
m’embrouille m’embrousaille
je referme par devers moi
le lourd portail de rouille
ça grince dedans
de rage morte
vieux os
Denis Heudré
Ruine de vie
le matin est toujours froid
et vide
de sa bouche appauvrie
il n'est plus de baiser
élancements de solitude
dans cette vie en ruine douce
le vieux chat s'en moque
qui endort la sienne
enroulé dans le canapé
entre ombre et silence
en proie aux reflets
d'un miroir féroce
le soir est toujours froid
et vide
La mer en ruine
mer abandonnée au port
en guenille irisée
la lumière égratigne
tes couleurs de ruine
je vois ta main qui tangue
dans l'agonie du soir
dans le parfum souillé
des voilures de vent