N4728, revue de poésie, n°9, février 2006
Je peux le dire, j’ai préféré dans cette livraison un Bruno Krebs ou un Joël-Claude Meffre (on veut regarder vers du vent, le palper, saisir ses messages, on ne tombe que sur du ciel. Le souffle a un visage travesti du ciel (…) Ne lâche pas le mot « ciel » impunément) à l’invité principal, ici John Giorno (je pose ma tête sur ta poitrine/et me sens libre,/remplir/ce qui est vide,/ vider/ce qui est plein,/remplir ce qui est vide, vider ce qui est plein,/ remplir….etc.). Il n’est certes pas simple de reproduire en toutes lettres ce qui a été écrit pour le spectacle et la litanie. Le texte Carabines de Sofia Queiros me semble par ailleurs une perle dans la très élégante huître N4728.
Paul Badin est un directeur de publication exigeant, il comprendra la difficulté d’élaborer une note de lecture ici quelque peu chamarrée. Cette revue est une barque solide, maintenant, dans le paysage revuistique d’aujourd’hui. Cela dit, ce numéro de février louche quelque peu, si je puis dire, dans la direction d’une avant-garde (fameuse comme toujours donc à chaque instant) qui ne dit pas grand chose d’autre que le procédé qui l’anime. Ce qui « sonne » toucherait donc à la perfection poétique comme l’annonce Giorno : Les mots viennent du son,/le son vient de la sagesse,/la sagesse vient du vide,/profonde détente/d’une grande perfection. Bouddhiste, l’auteur nous livre ses apparitions, mais je reste pantois à l’idée d’une quelconque perfection inspiratrice de poésie. Les lapsus et les excroissances à la réalité sont ici anéantis par la notion du vide.
La poésie dans ce cas ne cherche plus son lecteur, mais son auditeur, une transcendance dans les nids-de-poule de la route.
N4728 est une revue très active car ses directeurs l’aiment, cela se sent depuis le début, ses explorateurs nous surprennent à chaque livraison.
Aussi, j’ai bien noté l’humilité de la démarche de James Sacré dont on propose un entretien (par Béatrice Machet) : « Pas plus que pour écrire, il n’y a pour favoriser des rencontres, de programmes possibles, de façons de faire ou d’être, de recettes. »
De solides notes de lecture, comme toujours, permettent au lecteur d’élargir grandement son champ d’investigation en poésie.